Maître De Sa Vie

 

Facile de devenir maître de sa vie, me direz-vous. D’une certaine façon, vous avez raison. J’ajouterais, par contre, qu’il ne faut pas oublier de lire attentivement les petits caractères imprimés dans le contrat que l’on s’apprête à signer avec la vie.

En voici un bref aperçu.

L’aspirant maître de sa vie s’engage à :

• Accepter de ne plus se faire aimer comme avant par son entourage. Certains de ses proches, en le voyant changer du tout au tout, ne le reconnaîtront plus. Pour qu’une personne naisse à la maîtrise, il faut d’abord que meure en lui le disciple. Cela ne se fait évidemment pas sans casser des œufs, ce qui cause bien des soucis à ceux qui ont déjà horreur du changement.

• Voir surgir de nulle part et sans avertissement les peurs les plus profondément ancrées en lui, des peurs qui demandent à être reconnues, dépassées, réglées et mises au rancart une fois pour toutes.

• Résoudre lui-même ses problèmes sans les étaler devant les autres, comme il avait la fâcheuse habitude de le faire avant. Il renonce ainsi à jouer la victime et à se décharger de ses fardeaux en les reportant sur les épaules de ses amis compatissants. C’est à lui seul de le faire maintenant.

• Voir certains de ses amis et certains membres de sa famille, souvent mus par la peur, se détacher de lui.

• Accepter de se faire juger sévèrement parfois même par ses proches, sans pouvoir rien y faire.

• Accepter sereinement son impuissance à expliquer ce qu’il vit. Le maître n’a pas à se justifier.

• Accepter que sa détermination à atteindre les buts qu’il s’est fixés crée des remous autour de lui, et attire même la haine de certaines personnes incapables de comprendre sa démarche. Le maître de sa vie ne doit pas leur en vouloir pour ça.

• Se débarrasser une à une de ses anciennes croyances, qui ne le font plus avancer et l’empêchent de se libérer. Fini le temps où il adhérait aveuglément aux idées toutes faites et aux préceptes qu’on lui enseignait.

• S’ouvrir sans idée préconçue aux expériences que son Esprit lui propose et qu’il met sur sa route, même si elles dérangent ses habitudes. Ses proches, alimentés par leurs proches peurs, se feront d’ailleurs un devoir de le mettre en garde. Le maître se fie à lui-même.

• Apprivoiser la solitude, qui sera de plus en plus présente dans sa vie, en s’en servant pour apprendre à se connaître davantage. Se sentir seul, même au milieu de la foule, est le pain quotidien du sage.

• Ne compter que sur lui-même et son Esprit pour trouver la sérénité et la paix. Personne ne fera les choses pour lui.

• Assister, parfois rapidement, à la transformation de son corps, au grand dam de son entourage, qui le croira malade. L’apprenti maître verra alors naître le doute en lui. S’il le nourrit, il fera trois pas en arrière, sinon il en fera trois en avant. Chaque malaise, chaque maladie fait partie du processus d’épuration qui est en cours.

• Cesser de prévoir à long terme. Se laisser plutôt porter par la vague du moment présent, en changeant de cap au besoin, quand le mouvement de la vie l’exige. Le maître peut certes faire des plans, mais sans se sentir obligé de s’y conformer à la lettre.

• Enlever graduellement du pouvoir à son mental et se rapprocher de son cœur. Il évitera ainsi de se bâtir des scénarios basés sur ses croyances et expériences passées.

• Accepter avec humilité que sa vision des choses puisse changer d’un jour à l’autre, et de façon très rapide. Chaque compréhension n’est valable que pour le moment présent. Tout évolue constamment. Ce qui est vrai aujourd’hui sera dépassé demain. C’est pourquoi il pourra arriver que l’apprenti-sage ne se sente plus sur la même longueur d’onde ou sur la même planète que tout le monde.

• Se détacher des gens comme des choses, tout en continuant à les aimer et à les accueillir.

• Redonner la liberté d’agir aux gens qu’il aime au lieu de les emprisonner au nom de l’amour. Leur permettre de disposer à leur guise de leur corps et de leur Esprit, de la façon qui les rendra le plus heureux. Le maître ne prend jamais possession de quoi que ce soit chez qui que ce soit. Il respecte les besoins de chacun, en commençant par les siens évidemment.

• Voir les victimes de la vie se détacher d’elles-mêmes de lui. Ceux qui ne veulent pas s’engager sur la route de leur propre maîtrise ou qui ne sont pas prêts à le faire deviendront vite des boulets au pied du maître. Celui-ci ne pourra les traîner très longtemps avec lui.

• Reconnaître avec discernement et courage les anges qui seront mis sur sa route pour l’aider à gravir une autre marche vers l’évolution. Cela lui demandera une bonne dose d’humilité.

André Harvey,
extrait de son livre "Le petit maître de poche"